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Et si c’était parce qu’on avait tous faim ? 

Et si c’était parce qu’on avait tous faim ?

Le “Fari” beignet fait à base de farine de haricots, beaucoup prisé au Mali


Au Mali aujourd’hui, on peut conjuguer le verbe faim à toutes les personnes tant au singulier qu’au pluriel du présent de l’indicatif. 

On a tous faim. 

Même si nous n’avons pas forcément le même degré de faim et que nous n’avons pas faim de la même chose,  la vérité  c’est qu’on a faim quand même. 

Notre faim a atteint son paroxysme à tel point que le citoyen malien intègre,  honnête se fait rare.

Ne dit-on pas que ventre affamé n’a point d’oreilles ?

Alors que vaut l’honneur et l’intégrité d’une personne qui a faim ? 

1500fr, 3000 fr,  5000fr, 10.000 frcfa ,  un pagne ou encore un sac de riz ?

Cela fait un moment que tout le monde ou presque se plaint de l’état actuel du pays .

Le réseau de Mark Zuckerberg est devenu le  mur de lamentation par excellence du million de maliens présent sur cette plateforme.

Des comptes personnels, aux groupes publics et privés créés pour débattre des questions concernant le pays,  c’est toujours les mêmes thèmes abordés: la mauvaise gouvernance,  la corruption, l’erreur d’avoir porté à la tête du pays l’actuel Président et comme proposition généralement on appelle au changement.

 

Jamais, on ne parle de la faim.

 

Alors qu’on a tous faim et que c’est ça le vrai problème du pays.

Les élections municipales qui viennent de se dérouler ont encore démontré qu’en réalité, la population malienne ne cherche qu’à fuir cette faim.
Avec tout ce qui est reproché à la gouvernance actuelle,  avec tout ce qui se dit et se chante:

“yabé 2012 (¹), on regrette, on a compris, ça va plus se reproduire, il nous a eu, vive le changement…”

Cette prise de conscience des maliens devait normalement se manifester lors de ces élections à travers une rupture avec les pratiques d’antan.
Mais hélas,  le dimanche 20 novembre, que n’avons nous pas vu ?

Des affiches des candidats à l’élection municipale dans une rue de Bamako (image RFI)

Distribution par les partis politique tant de la majorité que de l’opposition de 1500fcfa aux électeurs dans la matinée, au fur à mesure que le temps avançait, comme dans une vente aux enchères, l’offre montait 3000, 5000, 7500, 10.000 pour clôturer sur 12500fcfa .

Des Sotrama (minibus) remplis déversaient devant les centres de votes des électeurs corrompus qui ont préféré vendre leur voix au plus offrant.

Mais faut-il en vouloir à cette population qui ne cherche qu’à se défaire de sa faim?

D’ailleurs est elle la seule qui cherche à fuir la faim?

La population a faim, les politiciens ont faim

Si la faim de la population se manifeste par une soif d’argent, la faim des politiciens est une faim de pouvoir. Pour assouvir cette faim, ils n’hésitent pas à mettre le paquet pour acheter des voix lors des élections, ils font souvent des alliances contre nature  et utilisent parfois la violence pour s’infiltrer dans les organisations de la société civile notamment jeune (élection du président du  CNJ en commune IV).

La faim de la jeunesse 

Abrutis pendant des décennies, les jeunes aussi ont faim. S’ils ont tous faim d’emplois, on assiste aussi depuis un certain temps à l’émergence d’une catégorie qui a faim d’intelligence et qui ne s’expriment que par la violence. Leurs neurones ont été remplacés par les machettes et les armes n’hésitant plus à se tirer dessus.

Nos Sœurs ont faim 

Nos sœurs ont également faim. Certaines d’entre elles pour s’en sortir,  s’inspirent désormais de l’une des leurs, anti-valeurs, qui aujourd’hui leur sert de modèle : La Kim Kardashian du Mali.

Elles iraient  jusqu’à brader leur dignité en s’adonnant à un commerce transatlantique, j’allais dire “transdessertique”  peu noble. Leur destination favorite serait Dubaï où des pétroliers, le temps d’un week-end mettraient fin à leur faim avec des pétrodollars qu’elles viendront  ensuite exhiber sur les réseaux sociaux.

Les journalistes ont faim 

Même la famille professionnelle à laquelle j’appartiens à faim. Sous payé et souvent pas payé du tout,  les journalistes pour s’en sortir, vivent de per diem. Ils font souvent des articles sous forme d’appât pour pousser leur cible à leur verser de l’argent quand ils ne font pas des articles sur commande pour défendre l’indéfendable.

Les intellectuels ont faim 

Les intellectuels maliens, réputés être des techniciens et censés à même de sortir le pays de cette situation ont eux aussi faim. Ils ont faim de conforts. Ils préfèrent s’éclipser,  moisir dans leur confort et laisser des politicards, théoriciens, parleurs de latin démodé et archaïque nous enfoncer dans le désespoir.

Les militaires ont faim 

Nos militaires au front ont faim. Ils ont faim de paix et d’amour de leur proche et ont marre de voir leurs collègues tombés à chaque fois comme des mouches.

Même les terroristes ont faim

Même les terroristes ont faim. Ils ont faim de source d’approvisionnement et malheureusement les différents camp de l’armée sont devenus leur plat favori pour sortir de cette faim.

Photo du matériel récupéré par le groupe terroriste Ansar Dine lors des attaques des casernes et convois de l’armée

 

Les ex-rebelles ont aussi faim

Les ex rebelles ont aussi faim. Ils ont faim de territoire pour continuer leur trafic de drogue.

Tout le corps social a faim 

Les policiers ont faim…

Les médecins ont faim…

Les enseignants ont faim…

Les commerçants détaillants ont faim…

Les paysans ont faim…

Même certains guides religieux ont…(j’ai rien dit)

Conseil… 

Un petit conseil pour les futurs candidats à la présidentielle 2018,  nous sommes 17 millions de maliens,  alors vous voulez remporter les élections ?

Pas la peine de battre campagne ou d’investir dans la confection de gadgets.

C’est simple,  acheter 17 millions de sacs de riz et partager à chaque maliens.

Si vous n’avez pas les moyens pour le faire, alors, c’est que  vous êtes un plaisantin et vraiment, merci de vous abstenir pour ne pas après venir fatiguer nos oreilles avec vos lamentations.

 

 

(¹)Yabe 2012=  marqué contre son camp,  pour certains,  leur vote en faveur de l’actuel chef d’état est une erreur qui s’assimile à un but contre leur camp. Cette situation a été mise en évidence dans chanson de l’artiste rappeurs Mylmo  intitulée Yabe 2012

mamadouben

mamadouben

Mamadou Coulibaly, de son nom de plume '' Mamadou Ben Moussa Coulibaly'', est un jeune Ivoiro-malien. Passionné par le journalisme, il optera après l'obtention de sa maîtrise en Droit Public International et après des formations et stages en journalisme pour ce métier. Animateur radio, Journaliste Reporter d'Images Mamadou est aussi passionné par les nouveaux médias d'où son orientation vers le blogging. Activiste, Mamadou Ben Moussa Coulibaly est engagé au sein de différentes organisations de la société civile malienne militant dans le domaine de la bonne gouvernance, la défense des droits humains...

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