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Réseaux sociaux : ces “drogués” qui gênent. 

Avec l’essor des réseaux sociaux, force est de reconnaître que l’information s’est démocratisée. Il n’est plus possible de censurer une information en fermant ou en mettant pression sur les chaînes de télévisions, les radios et les  journaux.

Aujourd’hui, Facebook, Twitter, Youtube sont devenus des canaux de communication à part entière. Ils sont en passe de rivaliser avec les médias traditionnels. Désormais, on les  utilise comme moyen d’expression  pour dénoncer la mal gouvernance et les pratiques peu orthodoxes des gouvernants .

faciles  d’accès, ces nouveaux médias échappent souvent au contrôle de l’État . Ayant du mal à s’accommoder avec cette évolution majeure, nos dirigeants ont  tendance à   censurer internet ou à employer toutes sortes de superlatifs péjoratifs parfois grossiers pour qualifier les web-activistes .

L’avènement de la censure  

Le 17 août 2016, suite à une manifestation pour exiger la libération d’un animateur de radio controversé, critique envers le pouvoir, le Mali connaissait sa toute première suspension des réseaux sociaux. L’animateur Ras Bath, avait à la veille de sa comparution, appelé  à la mobilisation sur Facebook. Minimisant les conséquences d’une telle action, les autorités ont été surprises par l’ampleur de la mobilisation. Une foule déchaînée tente alors d’accéder de force au tribunal pour empêcher le procès. Un affrontement éclate  entre la foule et la police  causant au moins un mort. Pris de panique, le soir, les autorités suspendent  les réseaux sociaux. Une première ! Ce qui n’empêchera pas les utilisateurs de se reconnecter en utilisant des applications libres (Snap VPN, ORBOT…). Des haschtags (#MaliOffline…) sont alors créés pour dénoncer cette censure.

Sommet Afrique France, ‘’Trop sérieux’’ pour impliquer les blogueurs

La méconnaissance du pouvoir des médias sociaux par les autorités maliennes s’est encore manifestée lors du Sommet Afrique-France tenu le mois dernier .

En effet à la veille de ce rendez-vous, un membre de la sous commission communication avait laissé entendre que le sommet était ‘’trop sérieux ‘’pour impliquer les blogueurs. Mais ce qu’il oubliait, c’est que le Mali compte, selon les statistiques 2016 du Internet World Stats, plus de 2 millions d’utilisateurs d’Internet.  Parmi eux,  plus de 1 million se connectent sur Facebook.

Chaque utilisateur  de ce réseau social constitue un canal de transmission d’informations auprès de ses proches, ce qui crée une audience non négligeable. Donc au même titre que les journalistes, les blogueurs avaient un rôle assez important à jouer. Ils  pouvaient  transmettre en temps réel l’information et faire des billets sur leurs blogs.

Sur la toile, peu d’informations concrètes ont  circulé sur le déroulement du sommet. À lire les publications,  beaucoup de maliens le trouvaient  inutile. D’ailleurs, les réactions sur les réseaux sociaux, portaient généralement sur les désagréments causés et les couacs dans l’organisation (les embouteillages, les problèmes d’accréditations, les pancartes avec des noms de président écorchés…). Tout cela a fini par créer un ‘’bad buzz’’  autour de ce sommet.

Les web-activistes traités de tous les noms

A chaque fois que des critiques sont émises  sur  leur gestion du pays, les dirigeants  ne manquent pas d’imagination pour  trouver des termes inappropriés pour qualifier leurs détracteurs.  Vu que, sur les médias publics, une forme de censure existe, les débats sur la gouvernance se font généralement sur les réseaux sociaux. Ce qui fait que leurs utilisateurs ne sont pas épargnés.

Si au départ le terme fréquemment usité  était  ‘’Fassodewn Jugu’’ autrement dit, les ennemis de la nation, aujourd’hui, le lexique s’est enrichi. À tel point qu’il est difficile d’envisager un débat contradictoire sain, équilibré, empreint de respect et de courtoisie.

En août  2014, à travers  un tweet, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, avait  traité   d’  ‘’Aigris ‘’ ceux qui demandaient  des comptes sur l’acquisition d’un nouvel avion présidentiel. L’achat de cet avion selon  la presse avait été entaché d’irrégularité.

Cette attitude du ministre Mahamadou Camara avait soulevé un tollé sur le net avec le haschtag  #TeamAigri.

Qui pouvais alors croire que deux ans après ce forfait,  son prédécesseur  allait commettre la même erreur? En effet, à la suite d’une polémique sur une prétendue signature d’un accord de réadmission des migrants maliens, Mountaga Tall qualifiait la réaction des internautes de ‘’débats de caniveau’’.

La colère des internautes avec le hashtag #DébatDeCaniveau ne s’était pas faite attendre.

Le ministre Mountaga Tall, finira alors par s’expliquer à travers un tweet.

 

Aujourd’hui, des ‘’Drogués’’

N’ayant toujours pas tiré les leçons du passé, le mépris des dirigeants envers les acteurs du web continue. Cela a  atteint son paroxysme la semaine dernière. En effet, lors  d’un sit-in organisé par une association de secrétaires, le  1er vice-président de l’Assemblée Nationale s’en est pris vertement aux web-activistes. Cette association était venue apporter son soutien au président de l’Assemblée Nationale. Selon le journal “Le Figaro  du Mali” , ce dernier aurait été surpris avec une secrétaire  dans son bureau en situation compromettante. Comme une traînée de poudre cette information a parcouru la capitale. Depuis, la polémique s’est emparée des réseaux sociaux, et tout le monde y allait de son commentaire.

C’est cette situation qui a fini par faire dire à le vice-président de l’institution:

‘’On a assez de ces drogués cachés derrière les réseaux sociaux’’.


Il n’en fallait pas moins pour assister à une levée de bouclier des web activistes. Depuis ce dimanche 19 février, les publications accompagnées du hashtag ‘’#Timbinerie’’ et ‘’#LesDrogués ne cessent d’inonder la toile malienne. Les internautes sont cette fois-ci décidés à se faire respecter en exigeants des dirigeants un minimum de considération.

C’est vrai que certains comportements sur les réseaux sociaux s’écartent de tout bon sens. Il  est aussi vrai que  la violence verbale a tendance à y être banalisée. Mais, il faut aussi reconnaître que certains propos ne doivent pas être prononcés par un responsable qui plus est vice président de l’Assemblée Nationale.

Au lieu de continuer à ne voir que le diable sur les réseaux sociaux, nos hommes politiques gagneraient mieux à s’y investir.  Désormais,  ils doivent les  intégrer dans leur stratégie de communication. Ailleurs ça réussi bien, pourquoi pas au Mali ?

mamadouben

mamadouben

Mamadou Coulibaly, de son nom de plume '' Mamadou Ben Moussa Coulibaly'', est un jeune Ivoiro-malien. Passionné par le journalisme, il optera après l'obtention de sa maîtrise en Droit Public International et après des formations et stages en journalisme pour ce métier. Animateur radio, Journaliste Reporter d'Images Mamadou est aussi passionné par les nouveaux médias d'où son orientation vers le blogging. Activiste, Mamadou Ben Moussa Coulibaly est engagé au sein de différentes organisations de la société civile malienne militant dans le domaine de la bonne gouvernance, la défense des droits humains...

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