Le malien a sa logique que la logique ignore

Article : Le malien a sa logique que la logique ignore
15 août 2018

Le malien a sa logique que la logique ignore

La course pour l’ascension de la plus illustre des collines du Mali  connaîtra son épilogue dans les prochaines heures avec la proclamation des résultats du second tour de l’élection présidentielle.

Au premier tour, 24 candidats étaient en liste pour briguer la magistrature suprême. Parmi eux, il y avait des caciques de l’arène politique malienne et quelques néophytes. Si l’on s’en tient à tous ce qui se racontait dans les « grins », les salons et sur les réseaux sociaux tant à Bamako que dans certaines grandes agglomérations du pays, l’alternance était évidente.

Cela dit, les plus avertis savaient que cela n’était pas possible dans un pays où la victoire aux élections est tributaire de la somme investie pour acheter des voix… et où le Président sortant dispose de beaucoup d’argent.

Mais le rêve restait permis, tant pour certains électeurs qui croyaient dur comme fer qu’une petite révolution des mentalités était possible que pour certains candidats qui se croyant investis d’une mission divine, démissionnant de leurs fonctions avec tout le privilège y afférant pour se porter candidats.

De cet économiste chevronné à la tête d’une banque panafricaine qui démissionne, ce général major de sa promotion dans une des meilleures écoles de guerre française et à la tête d’un prestigieux institut de maintien de la paix de renommée internationale en passant par ce ‘’marsien ‘’ ancien de la Nasa ou cet homme d’affaire multi millionnaire qui a voulu rééditer l’exploit d’un certain Patrice Talon du Bénin, même ce marabout charmeur… Il faut dire que cette année, en matière de casting, les maliens étaient bien servis. Ce ne sont pas les profils qui ont manqué pour permettre une véritable alternance. Mais le malien a sa propre logique que même ‘’la plus logique des logiques’’ ignore.

En lieu et place d’un soutien massif aux candidats qui incarnaient le changement, la majorité des électeurs – soit plus de 41 % – a accordé son suffrage au président sortant, alors que quelques 17% choisissaient de soutenir le chef de fil de l’opposition.

Pourquoi un aussi grand nombre d’électeurs ont-ils opté pour l’ancien président au premier tour ?

Si pour les opposants, c’est parce qu’il y a eu bourrage d’urnes, il faut, je crois, regarder également du coté de l’avidité des électeurs maliens. Une frange partie de l’électorat malien s’est malheureusement converti en bétail électoral. Comme le musulman avec le mouton à l’approche de la fête de tabaski, les candidats s’adjugent les voix des électeurs en distribuant des billets de banques.

La nouveauté avec ces élections, c’est que ce bétail électoral a fini par comprendre qu’il pouvait mieux monnayer son vote. Si, par le passé, il fallait juste débourser la modique somme de 2000 frs CFA, désormais, les voix des électeurs maliens se marchandent autour de 20.000 Fr CFA.

Comment cela se passe ?

Tu rentres dans l’isoloir avec ton téléphone, tu prends en photo le candidat que tu as choisi et tu viens le montrer aux représentants de son parti dans la cour du centre de vote et tu récupères ton argent. L’autre méthode consiste à poser la main sur le coran et jurer de voter tel candidat : on te remet alors les 20.000 Fr CFA.

Ces pratiques que nous continuons de voir chez les électeurs au Mali et qu’on retrouve dans bien de pays d’Afrique mais en péril le jeu démocratique. Il à tendance à donner raison à ces personnes qui pensent que le continent n’est pas prêt pour la démocratie. Heureusement que la situation dans certains pays apporte un démenti à cette thèse.

Devrons-nous en vouloir aux politiques ou à cette population, qui, maintenue dans la précarité, se soucie plus de sa survie que de l’élection ?
Difficile de donner une réponse tranchée à ces interrogations, mais une chose est claire, nous avons du chemin à faire.

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Commentaires

Ib
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Je pense que nous devons pas vouloir aux politiques car le jeu leur arrange. C'est cette population qui subit et qui cautionne cette pratique.

Alassane keita
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Un très bon article.

BM
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pertinent , mais dommages un loup resteras toujours un loup ils nous faut encore entendre des décennies pour que la donne puissent être changer

Christian ELONGUE
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Bel article. C'est vraiment triste de constater que ces pratiques corruptives sont toujours en vogue. Et ce sont ces mêmes populations qui seront les premières à se plaindre et à réclamer le changement...