Et si on effrayait nos galères ?

Article : Et si on effrayait nos galères ?
26 décembre 2019

Et si on effrayait nos galères ?

Récemment, Sur Facebook, une publication dont j’ignore l’auteur a attiré mon attention. Elle disait ceci : « Djo, lève-toi un jour, habille-toi en costume, va discuter le prix d’une voiture et revient chez toi. Souvent, il faut effrayer la galère. C’est important. « »

Nouvelle année, nouvelle résolution

A première vue, elle fait rire. D’ailleurs ce n’est pas moi qui, empêtré dans une galère matinale, due au mouvement de grève dans les métros, allait bouder mon plaisir. Et ne pas laisser les traits de mon visage se déformer pour faire place à un soupir, lorsque je l’ai lu. A bien y réfléchir, au delà de cet aspect drôle, cette publication cache une belle leçon: celle qui consiste à faire face à sa peur, à l’accueillir, à la dompter et enfin à la transformer en allié.

L’année 2019 tend inexorablement vers sa fin. Bientôt, sur les fils d’actualités , nous lirons un flot de résolutions pour la nouvelle année. Le plus important à mon sens, ce n’est pas forcement d’en prendre. L’idéal, c’est qu’à l’heure du bilan, nous soyons à même de dire que nous avons atteint nos objectifs. Et que ceux-ci ont concouru à l’amélioration de notre condition de vie.

Il en sera de même pour les bilans. Nous verrons aussi certaines personnes faire le bilan de l’année, qui tend à se conjuguer au passé. Face donc à l’égrenage du chapelet de leurs succès, ne nous laissons pas influencer par une comparaison qui risque de brimer notre moral… Et nous rendre envieux de ce que nous n’avons pas. En réalité ce n’est pas à eux qu’il faut se comparer. Celle qui mérite toute notre attention, celle à qui nous devons nous comparer, celle que nous devons défier est cette galère évoquée dans la publication trouvée sur les réseaux sociaux.

Vaincre sa galère

Nous traînons tous, avec nous, des galères. Certains parviennent à dompter les leurs et en triomphent. Quand d’ autres s’en laissent handicaper et les portent comme un fardeau. Alors que bien souvent, il leur suffit juste de l’effrayer pour la voir prendre la poudre d’escampette. Et laisser place au succès. Mes galères à moi, elles m’ont choisi bien des fois. Mais souvent, c’est plutôt moi qui les choisissais. Cependant, qu’elles nous choisissent ou que nous les choisissions, nous devons nous en foutre royalement. Et y faire face avec dextérité jusqu’à ce qu’elles s’inclinent.

La galère, comme beaucoup l’imagine peut être pécuniaire. Mais pas que… Elle peut aussi revêtir d’autres formes. A titre illustratif, elle peut être l’incapacité à discerner. Ou disons, l’incompétence à être à la hauteur d’une tâche que nous nous sommes assignées. Je m’explique : Ces derniers temps, nous avons vu émerger une pléthore d' »analystes 2.0″. Toujours promptes à faire tantôt des analyses géopolitique, militaire ou économique. Alors qu’ ils n’ont jamais été dans une école spécialisée pour pouvoir démêler le faux du vrai. Pourtant, ils bénéficient d’oreilles attentives d’une certaine masse. Par exemple, à l’annonce de l’abandon du Fcfa au profit de l’ECO, nombreux sont mes contemporains qui sont passés d’analystes en stratégies de guerre asymétrique à analystes en économie et en histoire. A la lecture de leur réflexion, on se rendait rapidement compte de la superficialité de leurs argumentations, qui frôlaient parfois la démagogie.

Dans un tel exercice, la galère qu’il faut affronter est le temps accorder à la recherche. Pour être plus crédibles, il leur fallait, à défaut d’avoir bénéficié de la formation nécessaire, lire les articles scientifiques et toute documentation nécessaire afin d’éviter de tirer des conclusions hâtives qui auront tendance à les décrédibiliser au près de leur audience.

La galère, un état d’esprit ?

Oui, nous pouvons dompter nos galères à condition de bien les identifier et de s’en donner les moyens. Je vois déjà certains sceptiques , s’écrier « c’est impossible » ou « c’est trop idéaliste ». A eux je répondrai, que tout ce que nous voyons comme bonheur chez les autres n’est pas forcement ce que nous croyons. Car le bonheur, comme nous l’imaginons dans nos rêves, n’existe pas. Ou du moins, existe juste par la volonté et la détermination d’une personne de se départir des obstacles et autres contraintes pouvant nuire à la jouissance de son bonheur afin de profiter plutôt pleinement de sa victoire sur sa galère. Vous l’aurez compris, le bonheur est aussi un état d’esprit. Chaque personne heureuse créée d’abord une illusion de joie qui, au fil du temps, finit par éclairer sa vie et dont les autres aperçoivent l’éclat.

Pour vaincre donc sa galère, il faut également être mentalement prêt. L’action de choisir une veste, de la porter et de se diriger vers la boutique de vente de voiture, s’inscrit dans cette logique de se forger un mental de vainqueur. Ceux chez qui nous voyons le bonheur sont des personnes qui ont accepté de challenger leur galère, et qui on su nous renvoyer cette belle image après leur victoire.

Récemment, en mission à Abidjan, nous nous sommes rendus, un soir, dans le restaurant de notre hôtel pour dîner. En face de nous, un groupe de jeunes constitué majoritairement de jeunes dames, avait réservé plusieurs tables. Très vite, j’y focalisais toutes mes attentions. D’après ce que j’ai pu comprendre, il s’agissait de jeunes entrepreneurs ou aspirants.

Si la plupart, d’après les présentations que j’ai pu suivre, venaient de retourner au pays, certains n’avaient jamais franchi la frontière . Ils leur était interdit durant toute la soirée d’évoquer leur vie familiale. Celui ou celle qui venait à ne pas respecter cette loi ou qui arrivait en retard devait mettre 5.000 Fcfa dans la caisse. Leur objectif était de se côtoyer, de partager leurs expériences et de bâtir une communauté d’entraide. Ils s’étaient fixés des règles qu’ils se forçaient à respecter bien que cela semblait demander d’énormes efforts pour certains.

Auparavant, pendant la même journée, lorsque nous nous rendions sur notre lieu de formation, nous avons croisé d’autres jeunes un peu plus âgés que ceux du restaurant . Ceux-ci ne se réunissaient que pour courir derrière les véhicules afin d’ouvrir la porte et supplier les occupants, parfois des personnes beaucoup moins âgées qu’eux, de leur donner de quoi se dépanner. On pouvait ainsi entendre :

« Tonton, tantie, il faut faire un petit geste, s’il vous plait »

Comparaison n’est pas raison. D’ailleurs je m’interdis de les juger car je ne sais pas ce qui les a conduit à ce choix. Cependant, je reste convaincu, qu’une personne doit savoir choisir ses combats. S’il fallait choisir entre me confronter à la galère qui les a poussé à faire ce choix et entre celle du groupe du restaurant, je choisirai volontiers de m’imposer la dernière. On ne peut semer du mil et en récolter du riz.

Si jamais, l’occasion vous était offerte de choisir, votre galère, soyez ambitieux, choisissez grand. On entend souvent, à vaincre sans péril, l’on triomphe sans gloire, moi je dirai à affronter de petites galères nous ne récoltons que des bisbilles dans l’ améliorations de notre condition de vie.

La technique de Julien

Les jeunes du restaurant m’ont rappelé mon histoire. Ou du moins celle de Julien, un ami rencontré en 2017. Venu du Sénégal pour une mission à Bamako. La bienveillance de notre Directrice à l’époque nous avait permis d’être logés dans une belle villa meublée dans Quartier Bacodjicoroni. Tous les soirs, nous nous rendions dans un restaurant du quartier pour manger un bon plat d’attieké. Le prix était correct, mais un peu élevé pour notre bourse.

Ainsi vers le 20 du mois, nous n’avions plus de sous pour notre dîner. On se rabattait sur la vendeuse de bouillie de mil et de beignet du quartier. Dans cette période de galère, un jour, Julien vient au bureau tiré à quatre épingles. A sa vue, je ne pouvait pas m’empêcher de me marrer. Je lui lança en plaisantant,

 » tu attends ta période de galère pour envoyer ta fiancée devant le maire? ».

Il sourit et me répondit approximativement ceci,

«  Ben, c’est quand je suis en galère que je m’habille bien. A Dakar c’est ainsi que je faisais pour décrocher mes plus gros contrats de consultance. La galère est un état d’esprit et je ne peux m’emprisonner là dedans. Pourquoi devrais-je crier ma misère sur tous les toits alors que j’ai de beaux vêtements qui peuvent m’aider à décrocher un bon contrat.

Julien venait ainsi de me donner une leçon capitale: le lien entre le mental et la réussite.

Et si on partait effrayer notre galère ?

Julien tout comme les jeunes du restaurant, me font penser à ce passage de La voie de l’Archer de Paulo COELHO :

Rallie-toi à ceux qui n’ont jamais dit : « C’est fini, je dois m’arrêter là. » Parce que tout comme l’hiver est suivi du printemps, rien n’est jamais fini : après avoir atteint ton objectif, il faut recommencer à nouveau , en te servant toujours de ce que tu as appris en chemin.

Rallie-toi à ceux qui chantent, qui content des histoires , qui savourent la vie, et dont les yeux brillent de joie. Parce que la joie est contagieuse, et qu’elle permet toujours d’éviter aux gens de se laisser pétrifier par la dépression, la solitude et les difficultés.

Alors, les gars, au seuil de cette nouvelle année, et si ont décidait, comme nous l’invite cette publication évoquée plus haut, d’effrayer notre galère? Dans tous les cas, moi je suis déjà prêt. J’ai déjà choisi la veste qu’il faut pour aller passer la commande de ma voiture. Ayant un rapport très relatif au luxe , je n’irai pas demander le prix d’un de ces véhicules qui donne l’impression d’être très important. J’irai plutôt à Railda demander le prix de cette Sotrama qui me permettra de parcourir Bamako de fond en comble.

Bonnes fêtes de fin de galères 2020 à tou.te.s !

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Commentaires

Miari Tsou JY
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Très belle leçon et excellent article cher Ben Moussa Coulibaly. Félicitations

Kone Issouf
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Joli Sujet Ben. Bien rédigé et inspirant ! Continue ainsi.